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Bébé constipé : que faire selon l'alimentation

Marion Leclerc |
Bébé en chaise haute mangeant des fruits riches en fibres pour favoriser le transit

La constipation du bébé inquiète beaucoup de parents, mais elle se définit par la consistance des selles, pas seulement par leur fréquence : des selles dures, sèches et douloureuses à évacuer signent une vraie constipation, même chez un bébé qui va à la selle tous les jours. À l'inverse, un bébé allaité peut espacer ses selles de plusieurs jours sans être constipé. Dans la grande majorité des cas, l'alimentation est le levier principal : vérifier la reconstitution du lait, ajouter des fibres et de l'eau au moment de la diversification, et savoir quand consulter suffisent à régler la situation.

Constipation chez le bébé : de quoi parle-t-on vraiment ?

La constipation se reconnaît à la consistance des selles, pas à leur fréquence. Un bébé est constipé quand ses selles sont dures, sèches, en petites billes ou en gros bouchon, et qu'il a du mal ou mal à les évacuer.

Beaucoup de parents s'alarment parce que leur bébé n'a pas eu de selle depuis deux ou trois jours. Pourtant, l'espacement des selles n'est pas en soi un signe de constipation. Le système digestif d'un nourrisson se met en place progressivement, et le rythme varie énormément d'un enfant à l'autre. Ce qui compte, c'est de regarder comment se passe l'évacuation et à quoi ressemblent les selles, pas de compter les jours.

Le cas particulier du bébé allaité

Le lait maternel est très bien absorbé par l'intestin du nourrisson. Il laisse parfois si peu de résidus qu'un bébé allaité, après le premier mois, peut rester cinq, six, voire sept jours sans selle, puis produire une selle molle et abondante. Tant que ses selles restent molles, qu'il prend du poids et qu'il est tonique et apaisé, ce n'est pas de la constipation. C'est même un signe que le lait lui profite pleinement. L'Organisation mondiale de la santé rappelle l'importance d'un allaitement exclusif jusqu'à 6 mois, période pendant laquelle ces selles espacées sont fréquentes et normales.

Les vrais signes d'alerte

Voici les signes qui doivent te faire penser à une vraie constipation :

  • Des selles dures, sèches, sous forme de petites billes ou d'un gros bouchon.
  • Un effort important, des poussées, des pleurs et un visage rouge au moment de la selle.
  • Un ventre tendu, parfois ballonné.
  • Des selles douloureuses, parfois striées d'un filet de sang clair (souvent une petite fissure liée au passage d'une selle dure).
  • Un bébé qui se retient, se cambre ou serre les fesses parce que la selle lui fait mal.

L'Assurance Maladie détaille comment savoir identifier un enfant constipé et insiste, comme les pédiatres, sur la consistance plutôt que sur la simple fréquence.

Pourquoi mon bébé est-il constipé ? Les causes alimentaires

Avant l'âge de 1 an, l'alimentation est la cause la plus fréquente de constipation. Trois leviers reviennent presque toujours : la façon de préparer le lait, le manque de fibres et le manque d'eau au moment de la diversification.

La constipation dite fonctionnelle, c'est-à-dire sans maladie sous-jacente, représente la très grande majorité des cas chez le nourrisson et le jeune enfant. Cela veut dire qu'on peut souvent agir directement sur l'assiette et les habitudes, sans traitement médicamenteux, à condition d'avoir bien écarté les signes d'alerte.

La reconstitution du biberon : l'erreur la plus fréquente

C'est le point numéro un à vérifier chez un bébé au biberon. Le lait infantile en poudre se prépare avec une dose arasée pour 30 ml d'eau, sans tasser la poudre et sans en ajouter "pour faire un biberon plus nourrissant". Une poudre trop concentrée donne un lait trop riche, qui surcharge l'intestin et durcit les selles.

Avant de penser à changer quoi que ce soit d'autre, repose-toi ces questions : la dose est-elle bien arasée avec le dos d'un couteau ? Le ratio d'une dose pour 30 ml est-il respecté ? L'eau est-elle adaptée ? Pour ce dernier point, le choix de l'eau a son importance : tout est détaillé dans notre guide sur quelle eau choisir pour le biberon de bébé. Une simple correction de la préparation règle un grand nombre de constipations au biberon.

Le passage au lait deuxième âge ou au lait de vache

Un changement de lait coïncide souvent avec l'apparition d'une constipation. Le passage du lait premier âge au deuxième âge, ou plus tard l'introduction du lait de vache, modifie le profil en protéines et en fer, et l'intestin a parfois besoin de quelques jours pour s'adapter. Pour comprendre les différences entre les âges de lait et choisir le bon moment, consulte notre article sur le lait infantile 1er âge, 2e âge et 3e âge. En cas de constipation marquée après un changement de lait, ne reviens pas en arrière seul : demande conseil au pédiatre.

Le manque de fibres au début de la diversification

Quand la diversification démarre, l'intestin découvre les aliments solides. Si l'assiette se compose surtout d'aliments qui ralentissent le transit (carotte cuite, banane, riz, pomme crue), la constipation peut apparaître. Les fibres des fruits et légumes sont au contraire ce qui donne du volume et de la souplesse aux selles. L'EFSA, l'autorité européenne de sécurité des aliments, rappelle le rôle des fibres alimentaires dans le bon fonctionnement du transit dès le plus jeune âge.

Le manque d'eau

Avant la diversification, un bébé en bonne santé n'a pas besoin d'eau en plus du lait. Mais dès l'introduction des solides, l'eau devient indispensable pour que les fibres jouent leur rôle. Sans hydratation suffisante, ajouter des fibres ne sert à rien, voire aggrave la situation. Proposer de l'eau au repas, dès 4 à 6 mois, fait partie des réflexes de base.

Que mettre dans l'assiette d'un bébé constipé ?

L'objectif est simple : augmenter les fibres et l'eau, et réduire temporairement les aliments qui ralentissent le transit. Le tout en respectant l'âge et les textures adaptées à ton bébé.

Aucun aliment n'est interdit. Il s'agit d'ajuster l'équilibre du repas, pas de bannir des familles entières. Voici les aliments à privilégier et ceux à limiter le temps que le transit redémarre.

Les aliments qui aident le transit

Ces aliments sont riches en fibres et en eau, ce qui ramollit les selles et facilite leur évacuation :

  • Le pruneau. C'est le grand classique, et pour de bonnes raisons : il combine fibres et sorbitol, un sucre naturel qui appelle l'eau dans l'intestin. En purée ou en compote, une à deux cuillères suffisent souvent.
  • La poire, la pêche, l'abricot. Des fruits doux, riches en eau et bien tolérés, parfaits écrasés ou mixés.
  • Les légumes verts. Courgette (avec la peau si bien cuite et mixée), épinard, haricot vert, petit pois, brocoli. Ils apportent fibres et eau.
  • Les céréales semi-complètes ou complètes adaptées à l'âge, quand elles sont introduites, plutôt que les céréales très raffinées.

Sur ce point, attention au marketing des céréales infantiles : toutes ne se valent pas, et certaines misent sur des ingrédients qui n'aident pas le transit. Nous avons décrypté ce sujet dans notre article sur la maltodextrine dans les céréales pour bébé.

Les aliments à limiter temporairement

Ces aliments ont tendance à ralentir le transit. Inutile de les supprimer complètement, mais lève le pied le temps que tout rentre dans l'ordre :

  • La carotte cuite, souvent donnée en purée, qui a un effet plutôt constipant.
  • La banane bien mûre, l'un des fruits les plus ralentisseurs de transit.
  • Le riz et les céréales très raffinées.
  • La pomme crue râpée (la pomme cuite en compote est mieux tolérée).

Hydratation et diversification : les bons réflexes

L'hydratation doit accompagner chaque ajustement de l'assiette. Propose de l'eau au repas, et garde le lait comme aliment principal jusqu'à 1 an. Si tu pratiques la diversification menée par l'enfant, les morceaux fondants de fruits et de légumes riches en fibres s'intègrent très bien à cette approche : retrouve toutes les règles dans notre guide sécurité de la DME. Et pour cadrer l'ensemble du calendrier des aliments, notre guide de la diversification alimentaire de 4 à 12 mois reprend chaque étape.

La constipation selon l'âge de ton bébé

Les causes et les solutions ne sont pas les mêmes à 1 mois, à 6 mois ou à 1 an : le transit dépend directement de l'étape alimentaire dans laquelle se trouve ton bébé.

Adapter ses réflexes à l'âge évite deux erreurs classiques : donner de l'eau ou des fruits trop tôt à un nourrisson allaité, ou au contraire ne pas enrichir assez l'assiette d'un bébé déjà diversifié. Voici les repères par grande période.

Avant la diversification (0 à 4 mois)

À cet âge, le lait est le seul aliment, et c'est lui qu'il faut regarder en premier. Chez le bébé au sein, les selles espacées aux selles molles sont la norme et n'appellent aucune intervention. Chez le bébé au biberon, la reconstitution de la poudre est de loin la première cause de selles dures : une dose arasée pour 30 ml d'eau, pas plus. On ne donne pas d'eau en plus, ni de jus, ni de fruits à cet âge, sauf indication médicale précise. Si une constipation nette apparaît dès les premières semaines, c'est un motif de consultation, car elle peut rarement révéler un problème sous-jacent à écarter.

Pendant la diversification (4 à 12 mois)

C'est la période où la constipation alimentaire est la plus fréquente, parce que l'intestin découvre les solides. Le déséquilibre vient souvent d'une assiette trop riche en aliments ralentisseurs (carotte, banane, riz) et trop pauvre en fibres et en eau. La parade est simple : un fruit ou un légume riche en fibres à chaque repas, de l'eau proposée au repas, et le lait maintenu comme aliment principal. C'est aussi le moment d'introduire progressivement une variété de textures, ce qui stimule naturellement le transit.

Après 1 an

Le bébé mange de plus en plus comme le reste de la famille, et la constipation devient surtout une question d'équilibre global : assez de fibres, assez d'eau, assez de mouvement, et pas trop de produits ultra-transformés très pauvres en fibres. À cet âge apparaît aussi parfois une constipation dite de rétention : l'enfant se retient parce qu'une selle dure lui a fait mal, ce qui crée un cercle vicieux. Là encore, ramollir les selles par l'alimentation est la priorité, et le pédiatre peut accompagner si la situation s'installe.

Le microbiote, un acteur clé du transit

La qualité du transit dépend aussi de la flore intestinale du bébé, le microbiote, qui se construit dès la naissance et que l'alimentation façonne en grande partie.

Le microbiote intestinal est l'ensemble des micro-organismes qui peuplent l'intestin. Chez le bébé, il se met en place selon le mode de naissance, le type d'allaitement et, plus tard, la diversification. Un microbiote équilibré participe à un transit régulier et à une bonne digestion des fibres. L'Inserm consacre un dossier complet au microbiote intestinal et à son rôle dans la santé digestive.

Faut-il donner des probiotiques à un bébé constipé ?

C'est une question fréquente. Certains laits infantiles et compléments contiennent des probiotiques ou des prébiotiques censés soutenir la flore intestinale. Les données scientifiques restent contrastées sur leur efficacité réelle contre la constipation du nourrisson, et il ne faut jamais en donner de sa propre initiative. La position des sociétés savantes de pédiatrie, comme l'ESPGHAN (société européenne de gastro-entérologie pédiatrique), est de réserver ces produits à des situations précises, sur avis médical. Avant de chercher un complément, l'ajustement de l'alimentation reste la première étape, de loin la plus efficace.

Lire les étiquettes plutôt que les promesses

Beaucoup de produits pour bébé affichent des mentions rassurantes sur le transit ou la digestion. Le réflexe utile est de regarder la composition réelle : la liste des ingrédients, le taux de sucres ajoutés, la présence d'additifs. Notre catalogue te permet justement de comparer les produits pour bébé notés de A à E sur des critères nutritionnels objectifs, au-delà des arguments marketing. Les données de composition sont issues d'une base ouverte et vérifiable, Open Food Facts.

Les bons gestes au quotidien, au-delà de l'assiette

L'alimentation est le levier principal, mais quelques gestes simples accompagnent efficacement la reprise du transit.

Ces mesures ne remplacent pas une consultation si les signes d'alerte sont présents, mais elles soutiennent les ajustements alimentaires au quotidien. L'Assurance Maladie liste les bons réflexes contre la constipation de l'enfant, qui rejoignent ce que conseillent les pédiatres.

Le massage du ventre

Un massage doux du ventre, dans le sens des aiguilles d'une montre, peut aider à stimuler le transit. Fais-le sur un bébé détendu, par exemple après le bain, avec des mouvements circulaires lents autour du nombril. C'est un geste sans risque et souvent apprécié.

L'activité et la position

Le mouvement favorise le transit. Pour un bébé qui ne se déplace pas encore, l'exercice du vélo (plier et déplier doucement les jambes vers le ventre) peut donner un coup de pouce. Laisser le bébé bouger librement sur un tapis participe aussi à la motricité digestive.

Ne jamais donner de laxatif sans avis

C'est une règle absolue : aucun laxatif, suppositoire, thermomètre rectal "pour déclencher" ou remède de grand-mère sans avis médical. Ces gestes peuvent être dangereux ou créer une dépendance. Si l'alimentation ne suffit pas, c'est au professionnel de santé de proposer une solution adaptée.

Quand consulter pour la constipation de ton bébé ?

La plupart des constipations se règlent par l'alimentation, mais certains signes imposent une consultation rapide. Mieux vaut consulter pour rien que de passer à côté d'un problème.

Prends rendez-vous rapidement, ou contacte les urgences si la situation l'exige, dans les cas suivants :

  • La constipation apparaît dès les premières semaines de vie.
  • Il y a du sang dans les selles (au-delà d'un fin filet lié à une petite fissure), ou des selles noires.
  • Le bébé vomit, a un ventre dur et gonflé, ou refuse de manger.
  • La courbe de poids stagne ou chute.
  • Le bébé semble en douleur importante ou très inconfortable.
  • La constipation persiste malgré les ajustements alimentaires sur plusieurs jours.

Le pédiatre ou le médecin traitant évaluera la situation et pourra, si besoin, proposer un traitement adapté. L'Assurance Maladie détaille le parcours de consultation, traitement et évolution de la constipation de l'enfant. Le site de référence des pédiatres français, mpedia, propose également une fiche complète sur la constipation du bébé.

L'essentiel à retenir

La constipation du bébé se juge à la dureté des selles, pas au nombre de jours sans selle, et un bébé allaité aux selles molles mais espacées n'est pas constipé. Quand la constipation est réelle, l'alimentation règle l'immense majorité des cas : vérifie d'abord la reconstitution du biberon, puis enrichis l'assiette en fibres (pruneau, poire, légumes verts) et en eau dès la diversification, tout en limitant temporairement carotte cuite, banane et riz. Les massages, l'activité et l'hydratation complètent l'ensemble. En revanche, ne change jamais de lait et ne donne jamais de laxatif sans l'avis du pédiatre, et consulte sans tarder face aux signes d'alerte.

À jour au juin 2026. Cet article a une visée informative et ne remplace pas l'avis du professionnel de santé qui suit ton enfant.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

À partir de combien de temps sans selles un bébé est-il constipé ?
Le délai seul ne suffit pas. Un bébé allaité peut rester plusieurs jours sans selles tout en étant parfaitement bien : c'est normal. On parle de constipation quand les selles sont dures, sèches, en petites billes, difficiles ou douloureuses à évacuer, pas simplement quand elles sont espacées. La consistance compte plus que la fréquence.
Quel lait donner à un bébé constipé ?
On ne change pas de lait infantile soi-même. Si la constipation est nette et persistante avec un lait premier ou deuxième âge, parles-en au pédiatre : il pourra orienter vers un lait au profil adapté (parfois enrichi en certaines fibres ou avec un ratio caséine/protéines solubles différent). Vérifie d'abord la reconstitution du biberon : une dose de poudre mal mesurée concentre le lait et favorise la constipation.
Quels aliments aident un bébé constipé pendant la diversification ?
Les fibres et l'eau des fruits et légumes : pruneau, poire, pêche, abricot, courgette, épinard, haricot vert, petit pois, ainsi que les céréales complètes adaptées à l'âge. À l'inverse, la carotte cuite, la banane bien mûre, le riz et la pomme crue râpée ont plutôt tendance à ralentir le transit. Hydrate aussi régulièrement avec de l'eau dès le début des solides.
Faut-il donner de l'eau à un bébé constipé ?
Avant la diversification, le lait couvre les besoins en eau d'un bébé en bonne santé : on n'ajoute pas d'eau systématiquement, sauf avis médical. Dès l'introduction des solides vers 4 à 6 mois, propose de l'eau au repas. En cas de constipation, une hydratation régulière aide les fibres à jouer leur rôle, mais l'eau seule ne suffit pas à corriger une vraie constipation.
Le jus de pruneau est-il une bonne solution ?
Le pruneau, sous forme de purée ou de compote, est un grand classique efficace grâce à ses fibres et son sorbitol. Le jus de fruits, lui, est déconseillé en routine avant 1 an car très sucré et pauvre en fibres par rapport au fruit entier. Mieux vaut le fruit mixé ou écrasé que le jus, et toujours en petite quantité, au sein d'une alimentation variée.
Quand faut-il consulter pour la constipation de mon bébé ?
Consulte rapidement si la constipation s'accompagne de sang dans les selles, de vomissements, d'un ventre dur et gonflé, d'une perte d'appétit, d'une cassure de la courbe de poids, ou si elle apparaît dès les premières semaines de vie. Consulte aussi si elle persiste malgré les ajustements alimentaires. Ne donne jamais de laxatif sans avis médical à un bébé.